MENART FAIR

Hussein Nassereddine

Palais d’Iéna - Paris, 16ème
Du 15 septembre au 17 septembre 2023


Hussein Nassereddine interroge la fragilité de la mémoire, de ce qui se transmet collectivement ou individuellement, un monument détruit, un grand  amour perdu. Ses œuvres sont des matrices narratives de récits passés, historiques, personnels, qu’on ne peut pas démêler. 

L’artiste cherche à surmonter la difficulté de la perte en donnant une forme aux récits manquants, à l’absence de l’autre, pour leur trouver une place. Ses œuvres sont comme des cartes intimes, des propositions d’espaces créés à partir des problèmes physiques posés par l’absence. Un monde, un territoire n’est plus là et il faut le retrouver. L’artiste propose de faire une place à ces « disparitions » et de continuer la conversation.

L’artiste utilise du papier carbone, qu’il expose soit aux brûlures du soleil (série sur carbone rose Hanging Notes on the Red Castle) soit à des frottements, pour lui donner l’aspect de l’eau (série sur carbone bleu Laughing On the River présentées au sol sous le triptyque rose). L’artiste capture un objet sur le papier et, comme une photographie, fixe un temps de celui-ci. L’objet figé dans l'œuvre révèle ce temps intérieur qui creuse l’absence. Il est souvenir de l’être cher, portrait d’un lieu, rappelé sous une forme immuable. Même la poussière, même la feuille y sont retenues, impérissables.

Dans la série Hanging Notes, Hussein Nassereddine travaille autour d’un poème célébrant des monuments disparus se référant aux Mu'allaqât, les « Suspendues », un illustre ensemble de sept à dix poèmes préislamiques. L’artiste s’interroge sur le changement d’apparence d’un monument blanc dans un poème, devenu rouge dans un autre. Comme les exégètes, l’artiste se penche sur ce phénomène étrange de transformation. La trace de ce changement n’existe plus que dans des annotations, comme derniers signes que ce qui est perdu persiste toujours à réapparaître.

Dans la série Laughing On the River, Hussein Nassereddine étudie ce que la maîtrise de l'eau dans le monde arabe a modifié dans les thèmes des poèmes préislamiques. Il utilise du papier carbone bleu qui était traditionnellement un support de commentaires dans l’édition. Il emploie donc le papier dédié à l’interprétation, comme lieu de dialogue et de confrontation avec les sources. Le texte original devient inséparable de cette écriture nouvelle, des ramifications qui l’ont porté jusqu’à nous.

En face des séries sur carbone rose et bleu, ont été présentées quatre couvertures de livres gravées des dessins originaux de l'artiste. Pour les réaliser, Hussein Nassereddine a utilisé une méthode de reliure traditionnelle dans la publication des anthologies de poésie. Ses couvertures évoquent des livres impossibles, aussi insaisissables et étourdissants que leurs sources - couverture et fond se confondent jusqu’à disparition. 

Le passé, la ruine et les morts sont ici libérés de la pierre. L’artiste compense le poids de la mémoire, en se tournant vers des matériaux très fragiles, pouvant facilement souffrir l’outrage du temps. Le papier carbone, sensible aux gestes, aux rayons de lumière, à l’eau, devient un nouveau territoire, sensible à toute trace de vie, donnant un lieu au froissé chaud du souvenir manqué. Ces mouvements capturés dans le papier sont l’image des agitations intérieures. S’il ne nous reste ni ruines, ni lieu sacré, ni livres, il nous restera des sensations-paysages, quelques marques de soleil sur la peau, des fleuves de larmes sur nos joues et des bribes de vers qui ont miraculeusement passé les siècles.